L’Europe du nord, et plus particulièrement les pays baltes, préservent au cœur de leur héritage culturel une riche tradition du chant choral qui, loin de se confiner dans les églises ou les salles de concert, constitue un élément important de la vie quotidienne de ces pays. L’influence des chants traditionnels, les rigueurs hivernales et les féeries des aurores boréales sont autant de facteurs contribuant à une signature stylistique des compositeurs. A cela s’ajoute une claire volonté de ces artistes, à la suite de leur collègue estonien Arvo Pärt, de faire de leur œuvre le vecteur d’une expérience spirituelle authentique, en explorant de nouvelles voies à la recherche d’un langage épuré et sacré. Le programme « Lux Aeterna », s’il fonde sa structure sur ces traditions culturelles et ces influences nordiques explore cette dimension spirituelle.
Edward Elgar : Lux aeterna
Bien que compositeur anglais, Edward Elgar ne cachait pas son attirance pour les musiques continentales et leurs influences. Son Lux aeterna est tiré de la suite pour orchestre portant le titre «Variations enigma ». Chacun des 14 numéros de ces variations est le portrait d’un proche du compositeur. Lux Aeterna porte le n° 9 et a été arrangé pour chœur a cappella . Jaegger, un ami d’Elgar, suggère à celui-ci, en proie à la dépression et prêt à cesser toute écriture, de s’inspirer de Beethoven qui, de plus en plus impacté par ses problèmes de santé, a écrit ses plus belles pages. Le compositeur est allé au plus profond de son courage pour écrire cette très inspirante méditation.
Vytautas Miškinis : Night
Sur un poème de William Blake ( 1757-1827), Miskinis nous entraîne dans une rêverie nocturne au cours de laquelle, tout comme les oiseaux qui se blottissent en leur nid, l’homme cherche son gîte dans les mystères de Celui dont « la douceur chasse la colère et la santé chasse la maladie de notre époque immortelle »
Ola Gjeilo : Dark night of the soul, Luminous night of the soul
Basées sur des textes de Saint Jean de la Croix, poète et mystique espagnol du 16ème siècle, les deux pièces présentées sont conçues comme les deux mouvements d’une œuvre unique. Dark night of the soul, cette expression de « nuit noire de l’âme » a pris dans l’époque moderne un sens de vide spirituel, de doute existentiel : « Une nuit noire, enflammée par les désirs pressants de l’amour ». Cette pièce chorale est suivie de Luminous night of the soul décrivant la lumière qui vient éclairer l’âme : « Bien avant que la musique ne soit chantée par un chœur, tu étais l’Esprit qui anime toute forme d’art. »
Morten Lauridsen : Lux aeterna
Vient enfin la pièce maîtresse de ce programme sous la forme d’une œuvre en cinq mouvements. Le début et la fin s’inspirent de la messe de Requiem alors que les pièces centrales sont tirées des textes du Te Deum, de O Nata lux et de Veni, Sancte Spiritus . « Lux aeterna est une œuvre intime de sérénité tranquille centrée autour d’un symbole universel d’espoir, de réconfort, de bonté et d’illumination à tous les niveaux. » (Morten Lauridsen)
Nicolas Dru : lors du concert du 14 juillet 2025, sera présentée en première mondiale, l’œuvre du compositeur pour bols chantants de cristal et chœur
« L’écriture pour chœur et bols de cristal chantants – formation non conventionnelle car inexistante jusqu’alors– m’a tout d’abord demandé une réflexion quant à la place à attribuer à chaque musicien. Ainsi, plutôt que d’attribuer une fonction méditative aux bols – rôle qui leur est souvent réservé – j’ai souhaité considérer ces derniers comme un instrument à part entière, les mêlant avec le chœur, telle une œuvre orchestrale où les rôles de solistes et d’accompagnateurs sont partagés. Lumina aliunde ne s’inscrit pas dans un courant esthétique défini : l’œuvre emprunte un vocabulaire harmonique allant des chorals de Bach jusqu’à la musique d’aujourd’hui. L’écriture polyphonique y est sensiblement présente : écriture où l’intérêt ne réside pas dans un thème accompagné mais dans plusieurs lignes mélodiques qui s’entremêlent, se soutiennent et se complètent mutuellement. Celle-ci est entrecoupée de moments plus verticaux, mettant en valeur des couleurs harmoniques. Véritable allégorie de la lumière, l’univers sonore érigé permet de recréer différentes nuances lumineuses, nous transportant de l’imaginaire et l’irréel, vers la clarté. » (Nicolas Dru)